
LLC Américaine au Paraguay : Opportunité ou Piège Fiscal ?
La LLC américaine jouit d'une réputation sulfureuse dans les cercles de nomades digitaux et d'entrepreneurs en ligne : structure simple, peu ou pas de comptabilité obligatoire aux États-Unis, image « made in USA ». Mais derrière ce mythe populaire se cache une réalité fiscale bien plus nuancée, voire franchement défavorable selon votre situation. Cet article démonte les idées reçues, explique pourquoi la LLC peut devenir un piège pour la majorité des non-résidents, et répond à la question qui vous intéresse : si vous êtes résident fiscal au Paraguay, en créer une est-il pertinent ?
1. La LLC « non-résidente » : de quoi parle-t-on vraiment ?
Quand on parle de LLC pour non-résidents, on désigne une configuration précise : une Limited Liability Company américaine détenue à 100 % par un ou des étrangers (non-Américains, non-résidents aux États-Unis), sans activité commerciale sur le sol américain, sans salarié aux USA et sans bureau physique à proprement parler.
Dans ce schéma, l'IRS (fisc USA) classe par défaut la LLC à associé unique comme une disregarded entity, littéralement une entité « ignorée », c'est-à-dire une structure fiscalement transparente. Ce point est absolument fondamental : il change tout à l'analyse.
La transparence fiscale : une arme à double tranchant
Par opposition à une société dite « opaque » fiscalement, la transparence signifie que la LLC n'est pas imposée où sa structure est géographiquement et juridiquement incorporée : ses revenus remontent directement chez ses membres, qui les déclarent à titre individuel où ils ont leur domiciliation fiscale personnelle. Aux États-Unis, pour un résident américain, c'est une simplicité bienvenue. Mais pour un étranger qui vit hors des USA, cette transparence produit un effet radicalement différent selon le pays où il réside.
⚠️ Ce que beaucoup n'ont pas compris : la LLC ne « protège » pas ses revenus de votre pays de résidence (même s'il est à taxation territoriale). Fiscalement, la quasi-totalité des pays du monde voit au travers d'elle et impose ses associés ou UBO (Ultimate Beneficial Owner) comme si vous aviez encaissé ces revenus directement en votre nom propre depuis votre pays de résidence réelle.
2. Dans un pays à taxation mondiale : la LLC est presque toujours une mauvaise idée
La France, la Belgique, l'Allemagne, le Canada, l'Australie ou encore l'Espagne appliquent toutes le principe de taxation mondiale (worldwide taxation) : les résidents fiscaux de ces pays sont imposés sur l'intégralité de leurs revenus, quelle qu'en soit l'origine géographique.
Dans ce contexte, créer une LLC américaine revient à ajouter une couche administrative sans aucun avantage fiscal. Voici pourquoi.
2.1 La disregarded entity : aucun effet bouclier
Puisque votre pays de résidence fiscale « regarde au travers » de la LLC, les revenus qu'elle génère sont considérés comme directement perçus par vous, le ou les associés. Là encore, contrairement au discours mensonger de certains blogs amateurs qui se copient et colportent la rumeur fallacieuse, peu importe que l'argent reste dans le compte bancaire de la LLC et qu'il ne soit pas rapatrié dans votre pays de domicile fiscal : dès lors que vous en êtes le bénéficiaire effectif, votre administration fiscale locale peut les taxer.
Résultat : vous payez autant d'impôts que si vous exerciez en auto-entrepreneur ou via une société locale, mais avec en plus la charge administrative d'une entité américaine à gérer.
2.2 Une surcouche administrative coûteuse
Contrairement à ce que l'on lit partout, la LLC non-résidente n'est pas exempte de toute obligation aux États-Unis. Le propriétaire étranger doit déposer chaque année le Form 5472 auprès de l'IRS (déclaration des transactions entre la LLC et son propriétaire étranger), sous peine d'une amende de 25 000 $ par déclaration manquante ou incorrecte. Il doit également déposer le Form 1120 pro forma attaché. Ces obligations existent même si la LLC n'a réalisé aucun revenu.
Vous payez donc un comptable américain (typiquement 300 à 1 500 $ par an), un registered agent (environ 150 à 300 $ par an), des frais de renouvellement d'État, et potentiellement un avocat fiscal, le tout pour une structure qui ne vous fait économiser aucun impôt dans votre pays de résidence.
2.3 Un risque élevé de redressement fiscal
Les administrations fiscales européennes connaissent parfaitement le schéma. La France, notamment, a développé une doctrine administrative détaillée sur les entités étrangères transparentes : le fisc français retient l'imposition du membre français dès lors qu'il contrôle la LLC. Utiliser une LLC pour « loger » des revenus sans les déclarer en France constitue une fraude fiscale pure et simple.
🛨 Le cas concret : un freelance français facture ses clients via une LLC du Delaware. Il pense ne pas avoir à déclarer ces revenus en France tant qu'il ne se verse pas de salaire. C'est faux : la disregarded entity rend les revenus de la LLC immédiatement imposables en France, distributions ou non. Ce schéma est l'un des plus fréquemment redressés par la direction nationale des enquêtes fiscales (DNEF).
3. Dans un pays à taxation territoriale : mieux, mais pas sans risques
Les pays à taxation territoriale (Panama, Géorgie, Malaisie, Émirats Arabes Unis, et bien sûr le Paraguay) n'imposent en principe que les revenus de source locale. Les revenus générés à l'étranger par leurs résidents sont en théorie exonérés. Dans ce contexte, la LLC US semble à première vue inutile : si vos revenus étrangers sont déjà exonérés, pourquoi ajouter une structure américaine ?
La réponse est nuancée. Si la LLC est moins dangereuse dans ce contexte, elle ne règle pas pour autant tous les problèmes et en crée de nouveaux.
3.1 La LLC ne règle pas le problème de source des revenus
Dans un pays à taxation territoriale, la question clé n'est pas « qui perçoit le revenu » mais « où le revenu est généré ». Si vous êtes freelance, nomade digital, consultant basé au Paraguay et que vous vendez des services à des clients occidentaux via une LLC, vos revenus peuvent être considérés comme de source locale par les autorités paraguayennes (si vous travaillez depuis le Paraguay), auquel cas la LLC ne change rien à votre situation fiscale.
Pire encore, si votre LLC n'a que des clients d'un seul pays comme par exemple la France, le fisc local peut aisément considérer que votre montage n'est que pure évasion fiscale et va retenir un nexus fiscal contre vous. Bref, redressement fiscal garanti ! Et n'imaginez pas que la distance et l'internationalité de votre montage vous protège, bien au contraire, les accords internationaux (échange automatique des données financières et fiscales OCDE/CRS et FATCA) et outils d'IA modernes (ingénierie financière Fiat et crypto) vont vous confondre tôt ou tard avec souvent en point de départ un contrôle émanant d'un de vos clients (factures, TVA, etc.).
De plus, il est bon de rappeler que le Paraguay n'a que très peu de conventions fiscales bilatérales, ce qui vous expose encore davantage à une double taxation. Enfin sur ce dernier aspect, ce n'est pas parce que le Paraguay n'est pas CRS (Common Reporting Standard) ni membre à part entière de l'OCDE qu'il n'échange pas de données administratives, financières et fiscales avec les pays occidentaux (accord bilatéral fiscal avec l'Espagne depuis 2025, Accord multilatéral : Convention OCDE/Conseil de l'Europe sur l'assistance fiscale depuis 2021, Accord institutionnel : Coopération UE-Paraguay depuis 1992 et dispositifs analogues en MERCOSUR).
3.2 Le risque de nexus fiscal américain
C'est souvent le point le plus sous-estimé. La LLC étant une entité américaine, elle peut créer involontairement un nexus fiscal aux États-Unis si certaines conditions sont remplies, jurisprudence à l'appui ! Facturation à l'adresse américaine, présence physique sur le sol américain, emploi de salariés aux USA, stockage de marchandises aux États-Unis, dépassement de seuils de chiffre d'affaires par État (economic nexus). Ce nexus peut générer une imposition américaine (fédérale et/ou étatique) sur laquelle vous ne comptiez pas et bien entendu de sévères amendes.
3.3 Le risque d'établissement stable dans votre pays de résidence
Même dans un pays à taxation territoriale, si vous gérez activement votre LLC depuis votre lieu de résidence (en prenant les décisions opérationnelles, en signant les contrats, en communiquant avec les clients depuis chez vous), les autorités locales peuvent considérer que votre LLC a un établissement stable dans leur pays. Elle devient alors imposable localement, exactement comme une société locale.
📌 La notion clé : le contrôle opérationnel. Si vous êtes le seul membre, le seul manager, et que vous exercez toute l'activité depuis votre pays de résidence, votre LLC a son « centre de direction effectif » chez vous. Ce critère suffit dans de nombreux pays pour établir une imposition locale.
4. Résumé : la LLC pour non-résidents selon votre situation
| Votre situation | LLC pertinente ? | Risque principal |
|---|---|---|
| Résident d'un pays à taxation mondiale (France, Belgique, Canada, etc.) | ❌ Non. Presque jamais. | Revenus imposés localement + amendes IRS + risque de fraude fiscale |
| Résident d'un pays à taxation territoriale, revenus passifs (dividendes, SaaS, affiliation, etc.) | ⚠️ Possible, sous conditions | Nexus étatique, substance économique à prouver |
| Freelance / consultant résident au Paraguay, clients étrangers | ✔ Oui, si bien structurée | Établissement stable, contrôle opérationnel, substance économique |
| Nomade digital sans résidence fiscale stable | ⚠️ Risqué. Priorité : fixer votre résidence fiscale d'abord | Résidence fiscale dans plusieurs pays simultanément, double imposition |
5. LLC et résidence fiscale au Paraguay : la bonne question
Le Paraguay est l'un des derniers pays au monde à offrir une combinaison aussi attractive : fiscalité territoriale stricte, impôt sur le revenu faible (10 % sur les revenus de source paraguayenne uniquement), procédure de résidence permanente accessible et de très faibles exigences de présence minimale. C'est la raison pour laquelle de nombreux freelances, infopreneurs, consultants et entrepreneurs en ligne choisissent d'y établir leur résidence fiscale.
Mais alors : faut-il créer une LLC américaine quand on est résident fiscal au Paraguay ?
Réponse courte : dans certains cas oui, à condition que la structure soit montée correctement par un professionnel du droit et de la finance et qu'elle serve un objectif réel.
5.1 Quand la LLC peut avoir du sens au Paraguay
Il existe des situations où une LLC américaine complète logiquement une résidence fiscale paraguayenne, notamment :
- Crédibilité commerciale : certains clients internationaux, notamment américains, préfèrent contractualiser avec une entité américaine. La LLC ouvre des portes que ni une société paraguayenne ni votre nom propre n'ouvriront facilement.
- Accès aux paiements en ligne : Stripe, Payoneer, PayPal Business et d'autres plateformes américaines sont plus facilement accessibles via une LLC. Depuis le Paraguay, l'accès à ces outils peut s'avérer compliqué sans entité américaine.
- Revenus de source américaine à structurer : si votre activité génère des revenus provenant spécifiquement du marché américain et qu'une présence juridique locale est nécessaire.
- Accès aux services bancaires et fintech américains : Mercury, Relay, Wise Business, etc., des outils puissants pour gérer des flux internationaux Fiat et Crypto à moindre coût. Accessoirement, lever de la dette est souvent plus facile et avantageux aux USA.
5.2 Les conditions non négociables pour éviter les pièges
Créer une LLC quand on est résident au Paraguay n'est pas automatiquement problématique. C'est la manière dont elle est gérée qui fait toute la différence. Trois concepts sont au cœur de l'analyse.
a) La substance économique
Une LLC sans substance économique réelle est une coquille vide. Pour qu'elle soit reconnue comme une entité autonome (et non comme un « nom de façade » pour vos activités personnelles), elle doit présenter des éléments tangibles de réalité économique : compte bancaire business/corporate dédié, contrats en son nom, facturation propre, séparation stricte entre les finances de la LLC et votre patrimoine personnel.
Une LLC où l'argent entre et sort directement vers le compte personnel du membre, sans distinction ni traitement comptable, ne possède aucune substance. Elle ne sera pas reconnue comme entité distincte par qui que ce soit.
b) Le contrôle opérationnel
C'est le critère le plus délicat. Si vous êtes à Asunción et que vous signez tous les contrats, répondez aux clients, prenez toutes les décisions stratégiques et opérationnelles depuis votre appartement, le « centre de direction effectif » de votre LLC est au Paraguay, pas aux États-Unis.
Le critère du centre de direction effectif est déterminant pour qualifier la localisation fiscale d'une LLC. Lorsque les décisions stratégiques et opérationnelles sont prises depuis le Paraguay, le centre de direction est réputé y être situé. Trois hypothèses doivent être distinguées :
1. Requalification en société résidente paraguayenne
La LLC est considérée comme une société locale.
Elle est soumise à la fiscalité paraguayenne sur ses revenus de source paraguayenne.
2. Maintien du statut d'entité transparente américaine (interprétation favorable mais conditionnelle)
La LLC conserve sa transparence fiscale aux États-Unis.
Pour un résident fiscal paraguayen, ses revenus de source étrangère peuvent être exonérés (mais c'est difficile).
Cette qualification suppose cumulativement :
- que la résidence fiscale au Paraguay soit établie,
- que les revenus proviennent exclusivement de l'étranger,
- que la société dispose d'une substance économique réelle hors du Paraguay,
- et qu'il n'existe pas d'établissement stable au Paraguay.
À défaut, l'administration fiscale pourrait requalifier et imposer les revenus localement.
3. Nomadisme fiscal à haut risque
Le résident paraguayen n'a pas d'ancrage suffisant (séjours courts, absence de substance économique) et crée des nexus fiscaux à chaque voyage à l'étranger.
La LLC transparente américaine ne constitue pas une structure robuste.
Le contribuable s'expose à une insécurité juridique et fiscale, faute de résidence fiscale effective et de substance opposable. Bref sa situation est internationalement instable, confuse et risquée!
c) L'établissement stable
La notion d'établissement stable (PE, Permanent Establishment) est définie dans les conventions fiscales internationales et les législations nationales. En substance : si une entité étrangère dispose d'une installation fixe d'affaires dans un pays, ou si un agent dépendant y conclut des contrats en son nom, elle peut être soumise à l'impôt dans ce pays.
Le Paraguay a signé peu de conventions fiscales. Mais sa législation nationale prévoit tout de même des dispositions sur les revenus de source paraguayenne. Une LLC dont le manager réside au Paraguay, gère des clients paraguayens depuis le Paraguay, génère des revenus de source paraguayenne, imposables en conséquence.
✅ La bonne approche : si vous êtes résident au Paraguay, que vous utilisez la LLC pour facturer des clients étrangers pour des services rendus de manière dématérialisée, que vous maintenez une séparation rigoureuse entre vos finances personnelles et celles de la LLC, et que vous déclarez correctement en tant que non-résident aux États-Unis (Forms 5472 et 1120 pro forma), la structure peut fonctionner légalement et efficacement en l'absence de nexus fiscaux.
6. Avant de créer votre LLC : la checklist des questions à vous poser
Avant de vous lancer, posez-vous honnêtement ces questions :
- Ai-je une résidence fiscale clairement établie et défendable ? Une LLC ne crée pas de résidence fiscale. C'est vous qui devez l'avoir, avant tout.
- Mon pays de résidence impose-t-il les revenus mondiaux ou seulement les revenus locaux ? Si vous êtes encore résident fiscal brésilien, français, belge, espagnol, argentin, chilien, péruvien, ou canadien, arrêtez-vous là.
- Ai-je un objectif concret que la LLC règle mieux qu'une autre structure ? Accès à Stripe, clients américains, compte bancaire : listez les raisons spécifiques.
- Suis-je prêt à maintenir une comptabilité rigoureuse et à déposer les Form 5472 et 1120 pro forma chaque année ? Non-optionnel pour les LLC à associé étranger.
- Ma LLC aura-t-elle une substance réelle ? Compte bancaire propre, contrats en son nom, séparation totale avec votre patrimoine personnel.
- Ai-je consulté un fiscaliste qui connaît à la fois la fiscalité américaine et celle de mon pays de résidence ? Un expert de l'un ou de l'autre ne suffit pas.
7. Méfiez-vous des narratifs fallacieux : influenceurs, vendeurs de setups clés en main et autres marchands de rêves fiscaux
Il serait incomplet de parler des pièges de la LLC sans aborder ce qui alimente leur multiplication : un écosystème entier de contenus trompeurs et, dans les cas les plus graves, de prestataires sans scrupules qui vendent des structures fiscales inadaptées à des entrepreneurs qui leur font confiance.
7.1 Le problème des créateurs de contenu sans expertise fiscale
YouTube, TikTok, Instagram : les vidéos sur la « LLC pour éviter les impôts » se comptent par milliers. Leurs auteurs (souvent des nomades digitaux ayant eux-mêmes créé une LLC) diffusent leur expérience personnelle comme si elle constituait un conseil fiscal universel et applicable à tous. Ce n'est pas le cas !
Ces créateurs ne sont pas forcément de mauvaise foi : ils ne savent tout simplement pas ce qu'ils ne savent pas (à chacun son métier : le seul talent de créateur de contenu est de créer du contenu, ce qui ne fait pas de lui un juriste en droit des affaires). Ils ignorent généralement le droit des affaires (qui est pourtant la base pour créer une société), les règles de résidence fiscale de votre pays d'origine, les conventions fiscales bilatérales, la notion d'établissement stable, le droit de la CFC (Controlled Foreign Corporation), ou encore les obligations déclaratives de l'IRS pour les propriétaires étrangers. Leur LLC fonctionne peut-être pour eux (souvent dans le registre « jusqu'ici tout va bien »), dans leur situation précise, avec leur pays de résidence précis, mais elle sera catastrophique pour vous.
Le format court (une vidéo de dix minutes, un post Instagram, un thread Twitter) est structurellement incapable de rendre compte de la complexité d'une situation fiscale internationale. La simplicité apparente du message (« crée une LLC, ne paie plus d'impôts ») est inversement proportionnelle à sa dangerosité.
⚠️ Règle d'or : si votre stratégie fiscale tient en moins de cinq minutes de vidéo, elle est presque certainement incomplète. Une planification fiscale internationale sérieuse prend des heures d'analyse, implique une connaissance approfondie de votre situation personnelle et nécessite l'intervention de professionnels qualifiés dans au moins deux juridictions.
7.2 Les vendeurs de setups « clés en main » : un modèle commercial construit sur votre ignorance
Plus problématiques encore sont les prestataires qui vendent à tout prix des « setups internationaux » pré-conçus : LLC + compte Mercury + résidence nomade, le tout emballé dans une belle présentation et facturé plusieurs centaines ou milliers d'euros. Le problème n'est pas le prix : c'est que ces setups sont standardisés, appliqués à tous leurs clients sans distinction de nationalité, de situation patrimoniale, de type d'activité ou de pays d'origine.
Or la fiscalité internationale n'est pas un produit que l'on peut vendre en série. Un Français n'a pas la même situation qu'un Belge, qui n'a pas la même qu'un Canadien ou qu'un Suisse. Un freelance en SaaS n'a pas la même exposition fiscale qu'un consultant en stratégie, qui n'a pas la même qu'un e-commerçant avec du stock physique soumis à TVA et aux droits de douane. Vendre le même setup à tout le monde, c'est vendre un costume taille unique : il ira peut-être à certains, mais il sera catastrophique pour la majorité.
S'agissant du prix, ces solutions en packs n'ont rien de magique et ont des coûts de structure incompressibles à partir d'environ 1 000 $ à 2 500 $ la première année. Méfiez-vous des packs affichés bien en-dessous de ce prix qui seraient nécessairement incomplets ou inadaptés.
7.3 « Pas d'abus de biens sociaux » et usage de la carte bancaire : 2 mythes qui peuvent vous coûter très cher
Parmi les arguments les plus souvent avancés pour vendre une LLC, il en est deux qui reviennent en boucle dans les contenus des influenceurs et des vendeurs de setups : l'absence d'abus de biens sociaux et la liberté totale d'usage de la carte bancaire de la société. Ces deux affirmations sont soit fausses, soit tronquées à un point qui les rend dangereuses.
a) L'abus de biens sociaux : vrai pour la France et la plupart des pays latins, pas une licence pour faire n'importe quoi
L'abus de biens sociaux (ABS) est une infraction pénale française définie aux articles L.241-3 et L.242-6 du Code de commerce. Elle s'applique spécifiquement aux dirigeants de SARL et SA qui utilisent les biens ou le crédit de la société dans leur intérêt personnel, contrairement à l'intérêt de la société. Les influenceurs ont raison sur un point : cette qualification pénale spécifique ne s'applique pas à une LLC américaine, qui n'est pas soumise au Code de commerce français.
Mais c'est là que s'arrête la vérité. Ce qu'ils omettent systématiquement de dire est que si vous êtes résident fiscal dans un pays à taxation mondiale et que vous utilisez une LLC pour payer des dépenses personnelles en les faisant passer pour des dépenses professionnelles, vous commettez quand même une fraude fiscale dans votre pays de résidence, simplement sous une qualification différente : dépenses fictives, minoration de base imposable, dissimulation de revenus. L'absence de l'étiquette ABS ne signifie pas l'absence de risque pénal. Elle signifie uniquement que le code pénal applicable est différent.
b) Le commingling : ce que la loi américaine elle-même interdit
Le deuxième mythe est encore plus concret : « avec une LLC, tu utilises la carte bancaire de la société pour tout, sans contrainte ». Ce discours est non seulement fiscalement irresponsable, il est également illégal aux États-Unis même. Le droit américain impose une séparation stricte entre les finances personnelles du membre et celles de la LLC. Le mélange des fonds entre les deux (appelé commingling of funds) est une violation grave des règles de gouvernance de la LLC.
Les conséquences sont doubles. D'abord, le commingling détruit la protection juridique de la LLC : c'est la théorie du piercing the corporate veil (levée du voile corporatif) : si un tribunal estime que la LLC n'est qu'un alter ego de son propriétaire, il peut ignorer la limite de responsabilité et vous rendre personnellement responsable des dettes et obligations de la société sur votre patrimoine personnel. Ensuite, le commingling constitue une anomalie comptable majeure, qui peut déclencher un audit de l'IRS et compliquer considérablement vos déclarations fiscales, tant aux États-Unis que dans votre pays de résidence.
🚨 Ce que cela signifie concrètement : utiliser la carte bancaire de votre LLC pour payer votre loyer, vos courses, vos vacances ou votre abonnement Netflix sans justification professionnelle rigoureuse, c'est (1) potentiellement illégal aux États-Unis (commingling), (2) fiscalement requalifiable dans votre pays de résidence comme un revenu déguisé, et (3) susceptible de détruire la protection en responsabilité limitée qui constituait l'un des arguments de vente de la LLC. Autrement dit, vous avez payé pour une protection qui n'existe plus et vous avez construit les fondations de votre patrimoine professionnel sur du sable.
7.4 L'absence totale de suivi : le vrai scandale
La caractéristique la plus dangereuse de ces offres : elles s'arrêtent à la création. On vous livre une LLC, un EIN, parfois un compte bancaire, et c'est tout. Pas de suivi, pas de conseil personnalisé, pas d'accompagnement quand votre situation évolue (vous rentrez dans votre pays d'origine, vous changez d'activité, vous dépassez un seuil de revenus, une nouvelle réglementation entre en vigueur) et souvent pas de comptable donc pas de comptabilité faite ni déposée. Surtout, pas de SAV lorsque le contrôle fiscal arrive.
Et le contrôle fiscal arrive toujours lorsque vous faites un chiffre d'affaires significatif qui vous fait passer de l'ombre à la lumière. Les administrations fiscales européennes (DGFiP en France, SPF Finances en Belgique, CRA au Canada) ont considérablement renforcé leurs capacités de détection depuis 2018, notamment via l'échange automatique de données bancaires (norme CRS/OCDE) et l'accès aux registres de bénéficiaires effectifs (UBO). Dissimuler des revenus derrière une LLC américaine est aujourd'hui bien plus risqué qu'il y a 10 ans. Le vendeur de setup, lui, sera injoignable.
🚨 Redressement fiscal : qui paie les pots cassés ? Vous, et vous seul. En droit fiscal, la responsabilité est celle du contribuable. « Un prestataire me l'a conseillé » n'est pas une défense recevable devant une administration fiscale. Les rappels d'impôts, les pénalités (jusqu'à 80 % en cas de manœuvres frauduleuses en France), les intérêts de retard et éventuellement les poursuites pénales : tout cela repose sur vous.
7.5 Comment les identifier et les éviter
Quelques signaux d'alarme à reconnaître immédiatement :
- « Peu importe votre pays, ça marche pour tout le monde » : faux, archi-faux. La fiscalité internationale est spécifique à chaque situation.
- Absence de questions sur votre situation personnelle avant de vous vendre quoi que ce soit : un conseiller sérieux passe du temps à vous comprendre avant de recommander quoi que ce soit.
- Promesse de « zéro impôt légalement » sans analyse approfondie : l'optimisation fiscale légitime existe, mais elle résulte d'une structuration minutieuse, pas d'une recette miracle.
- Pas d'identité professionnelle vérifiable (numéro de barreau, inscription à un ordre comptable, KBIS, etc.) : les conseils fiscaux et juridiques sont des professions réglementées dans la plupart des pays. Exigez des références vérifiables.
- Aucun suivi post-création proposé, aucune mention des obligations annuelles : créer la LLC n'est que le début. Form 5472 & 1120, registered agent, renouvellement annuel, déclarations fiscales dans les deux pays : un prestataire qui n'en parle pas ne vous prépare pas à la réalité.
La bonne nouvelle : il existe des professionnels sérieux, transparents sur leurs limites, qui posent les bonnes questions avant de recommander quoi que ce soit, qui interviennent sur la durée et qui assument un devoir de conseil sur l'ensemble de votre situation (pas seulement sur la création d'une structure). Ce sont les seuls avec qui vous devriez travailler.
7.6 Stack financier international : ce que les solutions discount ne peuvent pas vous donner
Il reste un sujet que les vendeurs de setups évitent soigneusement d'aborder : une fois votre LLC créée, comment allez-vous réellement encaisser et gérer vos flux financiers internationaux de façon légale, stable et durable ? C'est là que la grande majorité des setups discount s'effondrent, souvent quelques semaines après la création.
Construire un stack financier international qui fonctionne réellement/durablement (et surtout qui soit cohérent avec votre domicile fiscal personnel) relève d'une expertise croisée rare : droit fiscal international, conformité bancaire (KYC/AML), droit américain des sociétés, comptabilité CPA et connaissance intime des contraintes opérationnelles de chaque acteur financier. Un stack financier qui ne prend pas en compte votre résidence fiscale est un stack qui va vous exposer à des blocages, des gels de comptes, des demandes de justification et potentiellement des signalements automatiques aux autorités fiscales.
Le mythe Wise Business (et consorts)
La solution la plus fréquemment proposée dans les packs discount : un compte Wise Business associé à la LLC. Wise est un excellent outil dans certains contextes, mais il est structurellement inadéquat comme colonne vertébrale d'un stack professionnel international sérieux, et pour des raisons précises que les vendeurs de setups ne mentionnent jamais.
Wise n'est pas une banque au sens traditionnel du terme : c'est un établissement de monnaie électronique (EMI) britannique, soumis à des obligations de conformité AML (anti-blanchiment) strictes mais avec des capacités d'investigation limitées. Dès que les flux deviennent significatifs, que la structure de propriété paraît complexe, ou que le pays de résidence du bénéficiaire effectif génère des frictions réglementaires (et le Paraguay en génère), le compte Wise Business finit presque systématiquement gelé, avec des délais de déblocage qui peuvent s'étirer sur des semaines, voire des mois, paralysant complètement ou définitivement votre activité.
⚠️ Le scénario type : vous avez payé votre pack setup, reçu votre LLC, votre EIN et votre compte Wise. Tout semble fonctionner. Trois semaines plus tard, un virement client dépasse un seuil de détection, Wise déclenche une procédure de vérification et gèle votre compte. Curieusement, votre vendeur de setup est injoignable. Vous ne pouvez plus encaisser, vous ne pouvez plus payer vos fournisseurs. La « solution clés en main » vient de vous coûter bien plus que ce qu'elle vous a fait gagner.
Ce que contient un vrai stack financier international professionnel
Un setup véritablement opérationnel est construit sur mesure. Il est bien sûr cohérent avec votre résidence fiscale paraguayenne, nécessite une série d'éléments que seuls de vrais professionnels sont en mesure de vous assembler correctement :
- EIN rapide pour non-résident (Fast EIN) : obtenu sans numéro de sécurité sociale américaine, par voie postale ou par procédure accélérée via un représentant local habilité. Indispensable pour tout le reste.
- ITIN (Individual Taxpayer Identification Number) : numéro d'identification fiscale individuel pour étranger, nécessaire pour accéder à certains services bancaires américains, établir un historique de crédit et signer certains types de contrats.
- Compte bancaire Big Five US : Chase, Bank of America, Wells Fargo, Citi ou PNC. Un compte dans une banque de premier rang confère une crédibilité commerciale maximale, facilite les relations avec les clients américains et offre une stabilité que les EMI et les fintechs ne peuvent pas garantir. Son ouverture en tant que non-résident est difficile mais possible avec les bons contacts locaux et les bons documents.
- Plusieurs comptes business crypto et fiat complémentaires : un stack résilient ne repose jamais sur un seul compte. Il combine des solutions Fiat stabilisées (Mercury, Relay) et des passerelles crypto-fiat sécurisées pour réduire et optimiser les coûts financiers des transferts internationaux (stablecoins USDC et USDT permettent des transferts rapides et très économiques), chacune choisie en fonction de son profil de conformité et de ses seuils AML, avec une redondance calculable et documentable. De plus, il est vivement conseillé d'avoir une solution multidevises (euro, dollar canadien, pound, etc.) pour ne pas se retrouver otage des délais et frais exorbitants de l'enfer SWIFT et coincé dans le seul univers restrictif de l'USD (dont l'hégémonie mondiale est de plus en plus remise en question en 2026).
- MOR (Merchant of Record) et PSP (Payment Service Provider) : pour les activités e-commerce ou SaaS, le choix du bon MOR (Paddle, etc.) et du bon PSP (Stripe, etc.) doit être calibré à la fois sur votre structure juridique, votre pays de résidence et le type de revenus générés. Un mauvais choix ici crée des problèmes de nexus fiscal et des incompatibilités réglementaires.
- Adresse commerciale de qualité (non-CMRA) : les banques américaines et de nombreux PSP rejettent automatiquement les adresses enregistrées auprès de CMRA (Commercial Mail Receiving Agencies, type UPS Store ou Mailboxes Etc.), celles-là même que proposent les packs discount où des centaines et parfois des milliers de LLC partagent la même adresse. Votre LLC a besoin d'une adresse commerciale légitime (adresse de bureau virtuel certifié non-CMRA ou, mieux, d'un espace de coworking avec bail réel) pour passer les vérifications KYC des institutions bancaires et financières sérieuses.
- Lease agreement (contrat de bail) et bureau virtuel adéquat : un contrat de bail commercial (même pour un bureau virtuel) est souvent exigé lors de l'ouverture d'un compte bancaire d'entreprise aux États-Unis. Il contribue également à établir la substance économique de la LLC, l'un des critères fondamentaux vus précédemment. Ce n'est pas un détail administratif : c'est une pièce essentielle du puzzle.
- Operating agreement sur mesure : le document interne qui régit le fonctionnement de votre LLC est aussi l'un des éléments les plus négligés dans les packs discount. Un operating agreement générique téléchargé en ligne ne vaut rien dès lors qu'il s'agit de démontrer la substance économique de votre LLC, de définir les modalités de distribution, de protéger vos droits en tant que membre étranger ou de clarifier le traitement fiscal des apports et retraits. Un operating agreement rédigé sur mesure, par un avocat connaissant à la fois le droit américain et votre situation fiscale personnelle, est une pièce maîtresse de tout setup sérieux : il peut faire la différence entre une LLC reconnue comme entité légitime et une coquille vide renversée au premier contrôle. Et cerise sur le gâteau, ce document peut être le sésame pour vous donner accès au levier bancaire et lever de la dette.
- Un vrai comptable américain CPA avec une licence « attest » valable (beaucoup d'entre eux sur les plateformes de freelances célèbres sont des usurpateurs ou avec licences expirées) familier de la fiscalité des non-résidents : un Certified Public Accountant spécialisé en fiscalité des non-résidents (et non un généraliste qui « fait aussi les LLC ») pour gérer vos Form 5472, Form 1120 pro forma, et assurer la conformité continue avec l'IRS. C'est lui également qui devient votre bouclier en cas de contrôle. Ce professionnel indispensable est précieux et se trouvera de préférence dans l'État d'incorporation de votre LLC pour mieux gérer les aspects fédéraux et nationaux de l'État d'incorporation de votre LLC. C'est aussi grâce à lui bien souvent que vous pourrez développer votre business et lui donner une dimension offshore pour vous structurer à l'international (holding, trust, foundation, lettres de recommandation, etc.).
✅ La règle absolue : chaque composante de votre stack financier doit être choisie en sachant exactement où vous êtes résident fiscal, quel type de revenus vous générez, quels seuils déclencheront des vérifications, et comment chaque compte interagit avec les autres sur le plan des obligations déclaratives. Un setup qui ignore l'un de ces paramètres n'est pas un setup complet, c'est une bombe à retardement.
En conclusion
La LLC américaine est un excellent outil, pour les Américains, pour certains non-résidents dans des situations précises, et parfois pour les résidents de pays à taxation territoriale qui ont de bonnes raisons opérationnelles de l'utiliser. Mais elle est loin d'être la panacée universelle que les influenceurs réseaux sociaux laissent croire.
Pour un résident fiscal dans un pays à taxation mondiale, elle est presque toujours une mauvaise idée : elle ne protège pas vos revenus, elle ajoute des obligations coûteuses et elle augmente vos risques de redressement.
Pour un résident fiscal au Paraguay (pays territorialiste qui ignore la plupart du temps les structures étrangères qui n'ont d'existence que dès lors qu'elles s'immatriculent au Paraguay), elle peut avoir du sens dans certains cas précis (accès aux paiements américains, crédibilité commerciale internationale, infrastructure fintech), à condition d'être montée correctement par un professionnel dont c'est le métier, avec rigueur et en ayant bien intégré les notions de substance économique, de contrôle opérationnel et d'établissement stable.
Une LLC américaine non résidente est synonyme d’instabilité juridique et fiscale internationale, qui poursuit l’associé dans ses déplacements. Elle ne doit être choisie que pour un objectif entrepreneurial clair, jamais comme un montage fiscal bricolé. Et si de meilleures solutions locales existent, elles sont toujours préférables. La seule exception, c’est lorsqu’elle est structurée comme une corporation ou intégrée comme filiale dans une holding située dans une juridiction favorable.
Enfin, la première étape reste toujours la même : consolider d'abord votre résidence fiscale. La LLC n'est qu'un outil parmi d'autres, ni une baguette magique, ni une garantie d'optimisation fiscale. Si vous ne deviez retenir qu'une seule chose à son propos ce serait que: "c'est la réalité qui fait le montage et non l'inverse".
💬 La création d’une LLC américaine depuis le Paraguay nécessite une analyse précise de votre résidence fiscale, de votre activité et des règles de conformité internationale. Une mauvaise structuration peut entraîner des risques fiscaux importants.
Si vous envisagez d’utiliser une LLC dans votre stratégie internationale, notre équipe d'avocats paraguayens spécialisés analysent votre situation et vous accompagnent dans la mise en place d’une structure adaptée, optimisée et conforme.
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Cet article est rédigé à titre informatif et ne constitue pas un conseil fiscal ou juridique. Consultez un professionnel qualifié avant toute décision.